Eloise Bollack est rentrée dans Gaza lors des premiers jours de l’opération militaire “Bordure Protectrice” lancée par l’armée israélienne le 8 juillet 2014 contre la bande de Gaza. La jeune photographe couvre ici son premier conflit en tant que photo-journaliste. Le 20 juillet, elle profite d’un cessez-le-feu humanitaire pour s’aventurer dans Chajaya, quartier d’habitation détruit par un bombardement.

Une femme contemple les ruines dans le quartier de Chajaya. Citizenside/Eloïse Bollack

Une femme contemple les ruines dans le quartier de Chajaya. Citizenside/Eloïse Bollack

“Tout a commencé la veille, en suivant l’actualité sur Twitter, nous apprenons, avec mes colocataires journalistes, qu’un énorme bombardement frappe le quartier de Chajaya, au nord de Gaza. La zone est très visée par l’armée israélienne, notamment parce qu’elle abrite de nombreux tunnels permettant aux membres du Hamas de circuler, mais c’est aussi un quartier d’habitation.

A partir de ce moment-là, nous sommes dans l’attente de pouvoir aller sur place. Un cessez-le-feu est prévu, on ne sait pas quand. Et soudain, c’est bon, la Croix Rouge confirme l’arrêt des bombardements, nous avons un créneau de deux heures.

Nous grimpons aussitôt dans la voiture, avec notre fixeur, tout en sachant que ça peut être dangereux. Ici, les cessez-le-feu sont moyennement respectés. Les bombardements épargnent les zones déjà détruites, mais autour ça tombe encore un peu. Et il nous faut être rapide, il n’y a que deux heures de cessez-le-feu. Ca commence mal, puisque nous nous trompons de quartier. Notre véhicule se retrouve bloqué à deux pas de Chajaya, dans une ruelle, où se déroulent des combats de rue, on entend les tirs de kalachnikov, il y a des snipers aux fenêtres. Rester là cinq minutes, c’est l’angoisse.

C’est la Syrie ici

Finalement, nous pénètrons dans Chajaya. C’est aussi atroce que les images vues sur Twitter, ce sont des scènes de fin du monde. A peine sur place, ça recommence à péter, pas loin, il faut se dépêcher. Je suis paniquée, c’est ma première guerre. Avec le temps, je m’habitue, je prends plus de risques, mais ça reste terrifiant. Il faut aussi s’imaginer qu’il fait très chaud et qu’on ne peut pas boire puisque c’est le ramadan.

Comme souvent, l’armée israélienne avait prévenu les habitants, en larguant des tracts par hélicoptères ou en appelant certaines familles qui font passer la nouvelle, mais tout le monde n’a pas voulu quitter sa maison. Il ne reste presque rien, les bombes utilisées sont très puissantes, c’est la Syrie ici. Un professeur d’université contemple deux immeubles, construits avec ses économies, presque rasés par les bombardements.

Moi, je cours partout, j’essaie de m’enfoncer le plus loin possible dans le quartier, pour voir le plus de maisons. Il y a tellement à documenter, on veut tout prendre en photo, mais il faut faire un choix. Malgré la peur, il est important de prendre le temps de regarder autour de soi, d’avoir le coup d’oeil, du feeling aussi, pour trouver une histoire à raconter. Au milieu de tout ça, je suis complètement abasourdie.

Le temps passe très vite, et déjà la Croix Rouge s’empresse de quitter les lieux. Pour ne pas prendre plus de risques, nous les suivons, les bombardements vont reprendre.”

Découvrez la série entière, ici.

 

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