En juin 2001, Valentina Camozza a 19 ans lorsqu’elle assiste aux émeutes de Gênes. Pendant quatre jours la ville italienne, qui accueille le G8, est à feu et à sang, bousculée par des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, qui feront au total un mort et près de 600 blessés. De cette expérience, la photographe a gardé un goût prononcé pour les événements où le peuple s’exprime. Après des études aux beaux-arts et des débuts difficiles dans la photographie en Italie, la jeune femme s’expatrie dans le sud de la France, puis à Paris, où elle arpente aujourd’hui  les manifestations, objectif à la main.

Un manifestant lors d'un rassemblement contre le pacte d'austérité en juin 2014. Citizenside/Valentina Camozza

Un manifestant lors d’un rassemblement contre le pacte d’austérité en juin 2014. Citizenside/Valentina Camozza

Pourquoi vous être spécialisée dans la photographie de manifestation ?

Valentina Camozza : J’aime l’atmosphère que dégagent les manifestations, il y a une idée de lutte là-dedans. Et puis c’est l’endroit où le peuple peut s’exprimer. En 2001, j’avais assisté aux manifestations de Gênes, je n’étais pas encore photographe, mais j’avais trouvé ça très impressionnant. Ce souvenir m’a aussi poussé à témoigner d’événements comme celui-là. A Paris, il y a toujours des manifestations à couvrir, c’est un grand terrain de jeu et sur le plan formel c’est un exercice de style incroyable.

C’est à dire ? Quelles sont les caractéristiques de la photographie en manifestation ?

VC : Il faut être très rapide pour capter les choses importantes, tout en se faisant oublier par la foule. Ce n’est pas toujours évident. La vitesse d’exécution et une bonne dose d’instinct sont donc indispensables. L’autre donnée à prendre en compte, c’est le mouvement, il faut constamment se déplacer dans la manifestation à la recherche, d’un attitude singulière, d’un particularité ou simplement d’un visage marquant. Je n’hésite pas non plus à dialoguer avec les manifestants pour les mettre en confiance avant de capturer leur image. Evidemment, plus qu’ailleurs, il faut être très à l’aise avec son matériel, pour pouvoir très vite saisir l’instant. C’est d’autant plus important d’avoir une grande aisance technique qu’on ne peut pas se trimballer avec énormément d’objectifs et de boitiers.

“Il faut être très rapide pour capter les choses importantes, tout en se faisant oublier par la foule”

A quoi ressemble une manif type pour vous ?

VC : Personnellement, dès que j’arrive, je me mets dans ma bulle et je parcours la manif de long en large, je cours partout. Après ça dépend énormément de l’ambiance. Je me laisse souvent porter, je reste à l’affût en permanence, car on ne peut pas venir à l’avance en étant sûr de ce que l’on va trouver. J’essaye en général de faire la manifestation en entier, et d’arriver un peu avant le début, pour capter différentes atmosphères. Parfois, je suis à la bourre, je rate le début et j’arrive quand même à faire de bonnes photos, il n’y a pas vraiment de règles établies. Il arrive que je rentre un peu pour revenir à la fin. Bien sûr je suis aussi un peu plus libre que beaucoup d’autres photographe. Les photographes d’agences sont obligés de s’extraire rapidement pour envoyer leurs photos. Les freelances comme moi sont un peu plus tranquilles de ce point de vu. Et globalement il y a une bonne ambiance entre nous, même s’il peut y avoir beaucoup de monde, on a tendance à s’échanger les infos, à se pousser pour laisser passer les autres quand on a eu la photo que l’on voulait. On se soutient.

Notamment quand ça chauffe sur le terrain ?

VC : Ca arrive, oui, mais cela dit les manifs se passent souvent bien. Il y a eu le cas de la manifestation pro-palestinienne à Barbès en juillet, où ça un peu chauffé. Les manifestants étaient très jeunes, ils ont un peu fait l’amalgame entre les photographes et les médias en général et on a été pris pour cible. Ca s’est vite senti et moi, dans ce genre de situation, je pars, parce que tu ne peux pas vraiment travailler dans de bonnes conditions.

Est-il nécessaire de se protéger sur le terrain ?

VC : J’ai un casque, mais je ne le mets jamais. En revanche, j’ai toujours sur moi un produit pour estomper l’effet des grenades lacrymogène. C’est très pratique, notamment quand je couvrais les rassemblements à Notre-Dame-des-Landes. La police gazait en permanence, ça peut vite devenir gênant pour travailler. Il arrive que l’on se fasse mal, j’ai encore un ami qui s’est pris une bombe assourdissante sur la jambe il y a peu, on doit prendre des risques, mais toujours avec mesure.

Une manifestante lors du rassemblement à Barbès pour le peuple palestinien en juillet 2014. Citizenside/Valentina Camozza

Une manifestante lors du rassemblement à Barbès pour le peuple palestinien en juillet 2014. Citizenside/Valentina Camozza

A quoi peut-on juger une bonne photo de manif ?

VC : Un beau portrait, un mouvement de foule, une personne isolée, à chaque fois ça tient au mouvement que l’on a réussi à capter, pour restituer l’esprit du rassemblement. Tout dépend donc de l’ambiance qu’il y a sur le terrain. Par exemple, à celles du 1er mai, il y a toujours beaucoup de monde, ce n’est pas là qu’on trouve les meilleures ambiances. L’implication des gens dans le rassemblement fait tout et moi personnellement j’aime mieux les petites manifs, où on peut circuler, on arrivera mieux à comprendre l’atmosphère. En 2012, j’avais fait la Bastille pour la victoire de Hollande, c’était l’horreur, même si l’euphorie ambiante était incroyable.

La retouche, ça compte ?

VC : Je le fais quasiment tout le temps, plus par habitude. Mais ça reste léger, sur Lightroom® , un peu d’ajustement, un peu de vignetage. J’aime bien ce travail après coup, c’est le moment de la sélection, on découvre vraiment ses clichés, on revit les moments clés.

Vous qui êtes italienne, y-a-il une particularité dans les manifestations françaises ?

VC : Disons qu’en Italie les gens manifestent beaucoup moins qu’en France. Ce qui fait que quand ils sortent dans la rue, c’est toujours très énervé. Ici, les gens sortent plus souvent dans la rue, les ambiances sont parfois plus festives, ça se retrouve sur les photos.


 

Valentina Camozza

Valentina Camozza

Italienne, Valentina Camozza est passée par les beaux-arts avant de se lancer dans la photographie. Expatriée dans le sud de la France, puis en région parisienne depuis 7 ans, elle couvre les manifestations pour Citizenside. La jeune femme travaille également  avec des ONG et notamment avec Médecins du monde pour qui elle a réalisé un reportage.

 

 

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