Depuis l’éclosion médiatique de la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les ZAD, ces zones à défendre, fleurissent aux quatre coins de France. Après les événements dramatiques sur le site du barrage de Sivens, où le jeune militant Rémi Fraisse a trouvé la mort dans des affrontements avec la police, les caméras se sont braquées sur la ZAD de Roybon, dans la Forêt de Chambaran dans l’Isère, puis récemment à Marseille, où un collectif s’est mobilisé pour lutter contre la destruction du square Michel-Levy, situé au cœur de la cité phocéenne. Des terrains occupés pas toujours faciles d’accès aux photo-reporters.

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Un engin de chantier au milieu du square Michel Levy, à Marseille. Citizenside/Frédéric Séguran

Les ZAD en France

Détournement de l’acronyme Zone d’Aménagement Différé, le terme de zone à défendre s’est fait connaître à Notre-Dame-des-Landes, où les opposants à l’aéroport nantais ont commencé à occuper un terrain vague en 2012. Depuis, le concept a accouché de zones occupées devenues célèbres au fil des mois. A Sivens, où un jeune militant a trouvé la mort, les zadistes – comme les occupants se font appeler – ont réussi à repousser, pour le moment, la construction d’un barrage. Résultat similaire à Roybon, où l’occupation de la Forêt de Chambaran a repoussé l’installation de Center Parcs dans la région. Les Marseillais du square Michel-Levy ont eu moins de réussite. Après avoir installé la première ZAD urbaine de France, les occupants qui luttaient contre la construction d’un immeuble ont été expulsés, le 30 janvier, par la police.

“Quand je suis arrivé sur la ZAD, il y avait une grande méfiance. On m’a posé beaucoup de questions : pour qui je travaillais, ce que je voulais faire de mes photos”, raconte Mourad Allili, un contributeur de Citizenside. Plusieurs week-ends d’affilée à l’automne 2014, il s’est rendu sur le site occupé de Roybon, en Isère, au contact des zadistes qui protestent contre la construction d’un Center Parcs sur une zone boisée. “L’ambiance est assez froide, l’entrée est très surveillée”, confirme Frédéric Séguran, présent à Marseille, dans la première ZAD urbaine de France. Là-bas, quelques activistes écologistes et membres du quartier ont installé une ZAD pour défendre le square Michel-Levy, acquis par un promoteur immobilier. Le Marseillais complète “il faut un passeport pour rentrer sur les lieux. A mon arrivée, les organisateurs ont envoyé un SMS à une des mes connaissances proche de Greenpeace pour attester de ma fiabilité.”

Pour entrer dans le square, Georges Robert, un autre collaborateur de Citizenside impliqué dans le milieu associatif et proche des élus écologistes de la ville, n’a pas eu, lui, à montrer patte blanche, mais tempère tout de même. “On a pu le constater lors des manifestations en hommage à Rémi Fraisse, on est sur un terrain sensible. Il faut savoir rester diplomate. ” Et respecter la volonté des zadistes qui refusent systématiquement d’être photographiés de face “même s’ils sont quasiment toujours masqués”, ajoute Frédéric Séguran, “Forcément cette ambiance, un peu froide, joue sur les photos, plus distantes”.

A Roybon, l’accueil des médias est beaucoup plus organisé et codifié. Pas question de se déplacer selon son bon-vouloir ou de rentrer dans les bâtiments, les photographes sont orientés à l’entrée. “Toutes les fois où je me suis rendu sur place, une personne de l’organisation prenait la parole devant les médias lors d’un point presse. Les autres zadistes étaient beaucoup plus distants et refusaient les photos.” La suspicion peut aller jusqu’au contrôle des clichés. Mourad Allili s’est ainsi trouvé contraint de montrer le contenu de son reportage à l’un des occupants de la ZAD.

Un campement de fortune installé dans la ZAD de Roybon. Citizenside/Mourad Allili

Un campement de fortune installé dans la ZAD de Roybon. Citizenside/Mourad Allili

Pour éviter ce genre de situation, Georges Robert préconise une bonne connaissance du terrain et des organisations locales, mais c’est surtout “le temps passé sur la zone, à dialoguer qui permet de construire de meilleures relations” et de meilleurs clichés. “Pendant toute la durée de la Zad – elle a été démantelée au bout d’une semaine, ndlr – j’essayais d’aller tous les jours à l’AG de 17h pour rencontrer les militants”, détaille le photographe phocéen.

La méfiance vis-à-vis des médias constitue un des points communs entre toutes les ZAD de France dont les causes et les modes d’action sont multiples. Mourad Allili confirme “plusieurs zadistes m’ont expliqué clairement leur crainte de la déformation médiatique et de la manipulation,”  avant de relativiser, “les zadistes sont méfiants certes, mais ce ne sont pas des gens violents, les photographes ne sont pas menacés. On doit simplement respecter leur mode de fonctionnement et quand on arrive à nouer un dialogue, on évite de parler politique !”

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