Les événements qui ont précédé l’ouverture du procès de Djokhar Tsarnaev, qui débute aujourd’hui, rappellent à quel point les attentats de Boston sont encore dans toutes les têtes. Un élément que la défense a tenté d’exploiter pour délocaliser l’audience, en vain. Les attentats qui ont ciblé le marathon en avril 2013 sont un événement marquant, non seulement de par leur gravité, mais également dans le rôle qu’ont joué les UGC (User Generated Content = contenu généré par l’utilisateur) dans la couverture de cette tragédie. 

UN PROCÈS RETARDÉ

Le procès de Djokhar Tsarnaev s’ouvre aujourd’hui à Boston presque deux ans après les attentats qui ont fait 3 morts et 264 blessés. Et après de multiples reports. La défense a, en effet, tout tenté pour délocaliser le procès, affirmant qu’il était impossible de constituer un jury impartial dans une ville de 650 000 habitants profondément marquée par les attentats d’avril 2013.

Le juge George O’Tool, en charge de l’affaire, a rejeté cette demande à trois reprises, avant qu’elle ne soit également écartée par la cour d’appel vendredi dernier. La sélection des 12 jurés et 6 remplaçants pour ce procès a pris deux mois, alors que le juge avait initialement parlé de trois semaines. Mais cette sélection a été ralentie par plusieurs tempêtes de neige, durant lesquelles le tribunal est resté fermé.

Le jeune homme de 21 ans risque la peine de mort. Détenu en isolement depuis son arrestation, il a plaidé non coupable des 30 chefs d’accusation retenus contre lui, dont utilisation d’une arme de destruction massive ayant entraîné la mort, et attentat dans un espace public.

Il y a un peu plus d’un mois, Philip L. Hillman partage sur Twitter la photo d’un homme en pleine opération de déneigement sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston, alors qu’une tempête frappe la ville. Le mot “FINISH” se dégage alors du sol recouvert de neige.

L’image est forte moins de deux ans après les attentats et quelques semaines avant l’ouverture du procès de Djokhar Tsarnaev, l’auteur présumé de l’attaque. Elle bénéficie instantanément de centaines de retweets. Les avocats du jeune homme, qui risque la peine de mort, l’utilisent comme argument pour justifier une délocalisation du procès, se déroulant dans la ville touchée par cette tragédie. Pour eux, l’émotion est encore trop vive et la viralité de cette image en est la preuve. Si la demande est immédiatement rejetée par la cour, l’anecdote est parlante quant à la place prépondérante qu’ont pris les réseaux sociaux et le contenu amateur dans la couverture d’un événement.

Des images de terrain en temps réel

Quelques minutes après l’explosion des deux bombes, près de la ligne d’arrivée du marathon de Boston, le 15 avril 2013, des témoins ont publié des photos sur Twitter. Si certains sont journalistes, la plupart sont de simples photographes amateurs venus encourager les coureurs. Ces images seront les premières à témoigner de la violence des attaques et de la panique de la foule. Dan Lampariello, un jeune blogueur de Boston désormais journaliste pour une chaîne de télé locale, prenait des photos du marathon lorsque la première bombe a explosé. Il sera un des premiers à diffuser des images du drame.

Tyler Wakstein, un habitant de Boston, se trouvait tout près de la ligne d’arrivée lors de la première déflagration. Quelques minutes plus tard, il publiera une image de la scène, accompagnée du commentaire “Mais que s’est-il passé ?

Image à caractère violent, susceptible d’heurter la sensibilité de certains. Pour la visionner, rendez-vous ici.

Autre spectateur de l’événement, Kevin J. Donovan a pris en photo les coureurs qui se son retrouvés bloqués par la police après la première explosion.

Bruce Mendelsohn était, quant à lui, dans son bureau situé juste au-dessus de la ligne d’arrivée quand il a entendu l’explosion. Ces images seront reprises par les medias du monde entier.

Image à caractère violent, susceptible d’heurter la sensibilité de certains. Pour la visionner, rendez-vous ici.

L’explosion sera également immortalisée en vidéo par un coureur, qui se trouvait à quelques mètres de la ligne d’arrivée.

Aux premières loges du dispositif de police #Watertown

Durant la traque des suspects, les habitants du quartier de Watertown sont priés de rester enfermés chez eux. Des photos du dispositif policier prises depuis des fenêtres inondent alors le web. Sur la plupart, seules des voitures de police sont visibles, mais elles sont le meilleur témoin de l’événement dans un quartier entièrement bouclé et souvent inaccessible aux journalistes. Le hashtag #Watertown apparait alors sur Twitter. Des videos montrant des échanges de tirs entre policiers et suspects sont postées par des riverains sur Youtube. Elles seront reprises et diffusées par la chaîne CNN.

 

Une enquête participative à grande échelle

Quelques minutes après les explosions, la police de Boston lance un appel à témoin pour tenter de retrouver les auteurs de l’attentat. Sur les sites communautaires américains, 4Chan et Reddit pour les plus connus, des milliers d’internautes participent à la chasse à l’homme. Cette enquête participative en ligne à grande échelle s’appuie sur un certain nombre de photos et de vidéos prises par des témoins de l’événement. Au lendemain des attaques, un certain Richard Herold invite à “envoyer toutes photos en lien avec l’attentat” sur Reddit. Il a reccueilli pas moins de 1 000 commentaires d’apprentis enquêteurs à la recherche de suspects. Une poignée de vidéos et de photos servent de pièces à conviction pour spéculer sur les auteurs des faits. Le premier suspect de cette enquête participative est “l’homme sur le toit“, un individu marchant sur le toit d’un immeuble à proximité des explosions.  

Un document Google, désormais inaccessible, se proposait de compiler toutes les théories élaborées par les internautes. Des médias américains, au premier rang desquels ABC, se font les relais de ces pistes développées sur les réseaux sociaux.

Faux suspects et erreurs en série

Cette chasse à l’homme numérique de masse ne se fait pas sans quelques erreurs. Quelques innocents voient ainsi leur nom apparaître en première ligne des listes de suspects étayées par les internautes. Des erreurs reprises par de nombreux médias dans l’emballement et la course à l’information. Le New York Post diffuse en une la photo de deux soit-disant suspects, “les backpack bros” (“frères de sac à dos”), qui seraient recherchés par la police. Une information qui ne tarde pas à se révéler erronée. Idem du côté de CNN qui évoque l’arrestation d’un suspect, moins de 48 heures après les attentats, démentie par le FBI. A la fin de la traque, après l’arrestation de Djokhar Tsarnaev, de nombreux médias reconnaissent alors leurs erreurs, et présentent des excuses à leurs lecteurs.

Redéfinion du rôle des médias par les UGC

Certaines agences spécialisées dans le fact-checking ou vérification de “contenus utilisateurs”, comme Storify, ont dispensé leurs conseils et méthodes pour guider les journalistes dans la jungle des réseaux sociaux et éviter ainsi la propagation de fausses informations, durant les attentats de Boston. Les ratés dans la couverture médiatique des attentats de Boston n’ont fait que rappeler la nécessité de certaines règles élémentaires. L’identification et la vérification des sources est devenue plus que jamais primordiale. La vitesse et l’absence de filtres sur Twitter obligent les journalistes à la plus grande vigilance.

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