Les photographes Olli Waldhauer et Chi Yongxin se sont rendus à la frontière entre la Turquie et la Syrie pour témoigner d’une situation très difficile pour les réfugiés.  Après la libération de la ville syrienne de Kobané par les forces armées kurdes de l’YPG et l’YPJ, les habitants ont découvert leurs maisons et commerces en ruines. La guerre est encore toute proche.

Quelques jours après leur retour de la ville kurde, les deux reporters commentent leurs images fortes et reviennent sur leur expérience.

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Ce camp de réfugiés, construit par la municipalité de Suruç, est un des plus anciens des environs.
Citizenside/Olli Waldhauer

“Les Kurdes préfèrent ces camps plutôt que ceux gérés par l’Etat turc car ils se sentent culturellement plus proches des municipalités gouvernées par le parti kurde HDP”, raconte le photographe allemand Olli Waldhauer.

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Un jeune garçon dort sur un lit de fortune dans un camp construit par les réfugiés eux-mêmes.
Citizenside/Olli Waldhauer

“Ce garçon dort dans le camp du village de Balaban qui a une histoire particulière. Plusieurs maisons de ce village ont été abandonnées car il est très proche de la frontière et des zones de combats. L’armée y a amené de nombreux réfugiés et Mehmet, le maire, s’est occupé d’eux. C’est la seule photo sur laquelle j’ai un avis partagé, elle me renvoie à la question de la dignité”.

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 Des enfants célèbrent la victoire des forces de l’YPG lors d’un mariage kurde près de la ville turque de Suruç.
Citizenside/Olli Waldhauer

“Cette photo donne un message d’espoir et illustre la relation que j’ai noué avec tous ces gens. Ces enfants me connaissent car j’ai participé à l’Inside Out Project de l’artiste français JR. Des portraits que j’ai fait d’eux ont été affichés dans les rues de la grande ville voisine de Şanlıurfa”, détaille Ollie Waldhauer.

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 Plusieurs dizaines de véhicules attendent près du poste frontière situé entre Kobané et Suruç pour rejoindre la ville syrienne, libérée de l’organisation de l’Etat islamique par les forces de l’YPG avec l’aide de la coalition internationale et des Peshmergas irakiens.
Citizenside/Olli Waldhauer

“C’était une journée assez folle, l’accès à cette zone était interdit, on a du faire appel à Mehmet – le maire du village de Balaban, au premier plan sur la photo, NDLR – pour emprunter des petites routes. Malgré la guerre et les morts, l’ambiance était assez joyeuse, les gens étaient contents de rentrer chez eux”.

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Un panneau signalant l’entrée dans la ville de Kobané  est couché sur le sol parmi les ruines.
Citizenside/Chi Yongxin

Après avoir traversé la frontière turque avec l’aide d’un fixeur, notre contributeur Chi Yongxin est arrivé à Kobané le 1er février 2015, quelques jours à peine après la libération de la ville. “Ce panneau marquait l’entrée de Kobané au sud de la ville. Il était accroché au-dessus de la route mais s’est effondré dans la bataille. C’est une image qui m’a marqué et qui symbolise pour moi la violence des combats qui se sont déroulés ici”.

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 Une poupée abandonnée gît dans les ruines de Kobané.
Citizenside/Chi Yongxin

“J’ai pris cette photo lors de mon premier jour à Kobané. Un combattant était en train de m’emmener faire un tour de la ville en moto et j’ai aperçu cette poupée par terre. Alors sans réfléchir, j’ai sauté de la moto pour prendre ce cliché tout en me demandant ce qu’était devenue la petite fille qui avait l’habitude de jouer avec.”

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La ville a été détruite aux trois-quarts par les bombardements et les combats.
Citizenside/Chi Yongxin

“J’ai vraiment été secoué en voyant pour la première fois ce paysage de désolation et les cadavres qui jonchaient le sol. Mais au fil des jours, j’ai fini par m’anesthésier émotionnellement car sinon, ça aurait été trop dur.” Malgré une situation humanitaire et matérielle très difficile, “les habitants de Kobané sont heureux de rentrer chez eux, ils ont confiance en l’avenir et ils sont déterminés à reconstruire leur ville”, explique le photographe. “Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité et la nourriture est rationnée mais certains d’entre eux m’ont quand même invité à prendre le thé pour discuter et me faire partager leur optimisme.”

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 Deux combattants kurdes de l’YPG montent la garde au sommet d’une colline près de Kobané.
Citizenside/Chi Yongxin

“Cette colline qui était aux mains de Daech avait été bombardée la veille par la coalition internationale. Les combattants kurdes venaient juste d’y planter leur drapeau, mais ils ne m’ont laissé approcher pour prendre des photos qu’après s’être assurés que je ne risquais rien. En effet, les forces armées kurdes ont porté une attention toute particulière aux journalistes étrangers présents sur place afin de garantir leur protection.”

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 Plusieurs centaines de combattants kurdes ont péri dans l’âpre bataille de Kobané.
Citizenside/Chi Yongxin

“Je me baladais dans le cimetière quand j’ai remarqué la sépulture d’un combattant enterré quelques jours plus tôt. La ville de Kobané a été sécurisée mais les combats se poursuivent aux alentours et des victimes sont à déplorer tous les jours. Pour les combattants qui ont participé à la prise de la ville, c’est une victoire amère en raison des sacrifices qu’il a fallu faire pour chasser les jihadistes de Daech.”

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 Un musicien joue du saz, un luth à manche long, devant le panneau qui signale l’entrée de Kobané.
Citizenside/Chi Yongxin

“L’homme sur la photo s’appelle Dorpec. Je l’ai rencontré au centre de presse et on a rapidement sympathisé. Il m’a beaucoup aidé pendant mon séjour et c’est notamment grâce à lui que j’ai pu gagner la confiance des notables locaux qui se montraient méfiants envers moi au début. Dorpec vivait en Suède jusqu’ici mais il est rentré au pays en espérant que la musique pourrait apporter de l’espoir à son peuple.”

Propos recueillis par Liselotte Mas et Man-Ho Kam

 

Les photographes :

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Chi Yongxin est un jeune photographe indépendant originaire de la région chinoise du Fujian. Après des études à Shanghaï, aux Etats-Unis, puis au Mexique, il décide en 2014 de rallier la Chine à l’Europe en vélo. En sillonnant les régions frontalières entre la Turquie, l’Irak et la Syrie, il décide de s’attarder dans cette partie du monde car, en tant que photographe, il estime avoir la responsabilité de témoigner de la situation dans cette zone de conflit. Lors de ce séjour, Chi Yongxin a appris quelques mots de kurde, ce qui lui a permis de communiquer sans l’aide d’un traducteur une fois arrivé à Kobané, où il est resté une dizaine de jours. Pour la prochaine étape de son périple, ce globe-trotter compte se rendre en Egypte, puis en Irak.

 

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Olli Waldhauer est réalisateur et photographe en Allemagne, à Berlin et Cologne. Il a vécu deux ans en Israël et a réalisé un film, Istanbul United, qui raconte l’alliance des grandes équipes de football stambouliotes autour du soulèvement de Gezi en 2013. Il s’est ensuite lancé dans un book photo sur la situation des réfugiés dans le monde, qu’il a débuté à Kobané. Il s’est rendu dans cette zone six fois en cinq mois pour se rapprocher toujours un peu plus des déplacés.

 

 

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