Le traitement médiatique du crash ayant causé la mort de dix personnes dans la province de La Rioja, au nord-ouest de l’Argentine, a une nouvelle fois montré le rôle déterminant joué par les images amateurs dans la construction de l’information.

Propagation médiatique

Dans la sphère médiatique, sans surprise, ce sont les médias locaux qui ont été les plus prompts à relayer l’information.

Le site d’actualité locale El Independiente Digital a ainsi été l’un des premiers à évoquer l’accident moins de deux heures après le crash, en se basant sur des déclarations de la police de la province de La Rioja. Très rapidement, les grands médias argentins (El Sol, La Nación…) ont suivi, avant que la nouvelle ne devienne mondiale.

Du côté des agences de presse, l’AFP a été la première à tweeter l’info (à 23h49, heure française), suivie par UPI (1h25), Reuters (4h) et AP (5h01).

Lundi 9 mars, peu après 17h (21h heure française), deux hélicoptères se heurtent et s’écrasent près de Villa Castelli, un village de 1 600 habitants situé dans une région reculée de l’Argentine. Les dix occupants décèdent. Outre les deux pilotes argentins, huit français font partie des victimes, dont la nageuse Camille Muffat, la navigatrice Florence Arthaud et le boxeur Alexis Vastine, présents en Amérique latine pour participer à l’émission de télé-réalité “Dropped”. La plupart des Français apprendront la nouvelle au réveil, le lendemain matin.

Les réseaux sociaux se retrouvent en première ligne. Seuls quelques témoins locaux s’avèrent être en mesure de capturer le moment puis les minutes qui suivent le crash. La situation géographique de Villa Castelli contraint les médias traditionnels à s’appuyer sur la réactivité des plateformes comme Twitter ou Youtube pour illustrer un fait divers dont la résonance deviendra très vite mondiale.

De l’exclusivité à l’image virale

Une première vidéo est partagée sur le web vers 19h (heure locale). Les images montrent plusieurs témoins accourant vers les deux hélicoptères en flammes. L’auteur de la vidéo, filmée dix minutes environ après le crash, est un habitant de Villa Castelli (ce dernier souhaite rester anonyme), comme nous l’a confirmé le site d’information locale Rioja Libre, qui a récupéré la vidéo avant de la partager deux heures plus tard sur Youtube. La réaction ne tarde pas. Les chaînes d’information la diffusent à leur tour.

Dans la course à l’info qui s’amorce, la chaîne locale Canal 9 Televida, basée à Mendoza, dévoile le lendemain matin (peu après 7h, heure locale) une nouvelle vidéo qui éclipsera la première. Et pour cause : celle-ci montre la collision aérienne entre les deux hélicoptères. Exclusive, elle mentionne par ailleurs que les droits ont été cédés (“Material cedido“) par son auteur. Peu de temps après, le journal local El Sol, un titre appartenant au même groupe de presse que Canal 9 et également basé à Mendoza, la reprend sur son compte YouTube sous la forme d’une copie de sa diffusion à l’antenne (voir ci-dessous). Dans l’heure qui suit, les chaînes d’information du monde entier, et notamment françaises, lui emboîtent le pas. Les images du choc deviennent virales. La chaîne américaine CNN ira même plus loin en recadrant la vidéo pour faire disparaître le logo de la chaîne argentine, comme le montre cet extrait du direct.

NDLR : Le 11 mars, la vidéo comptait plus de 2,4 millions de vues.

Des photos pour voir et comprendre

Le rôle des réseaux sociaux ne se limite toutefois pas à la diffusion de vidéos exclusives. D’autres témoins actifs sur le web se transforment en informateurs de premier plan, glanant sur place des informations et tweetant des images “fraîches”. Quelques témoins twittos se retrouvent ainsi au cœur de l’emballement médiatique, à l’image de l’étudiant Gabriel Gonzáles, le premier à diffuser sur Twitter une image des hélicoptères en feu.

“Tragique accident. Deux hélicoptères se sont percutés à Villa Castelli”

Les médias argentins puis mondiaux reprennent sa photo et les demandes d’utilisation ou d’interview affluent sur son compte. En quelques minutes, ce “simple” utilisateur de Twitter devient un précieux correspondant local. Au même moment, @AldoPortugal, un journaliste local, diffuse lui aussi ses photos prises sur le lieu de l’accident. L’AFP les repère et obtient les droits sur certaines d’entre elles. Si, entre temps, des cameramen de l’agence arrivent à Villa Castelli et se substituent aux témoins directs (comme le montre cette vidéo diffusée sur la chaîne Youtube de l’AFP), de nouvelles images amateurs continuent à faire leur apparition sur les réseaux sociaux. Le 10 mars, le site d’information locale Chilecito 24 publie ainsi sur son compte Twitter des clichés des victimes saisis juste avant le décollage de l’un des deux hélicoptères :

“Les Français voyageaient les yeux bandés dans l’hélicoptère du Gouverneur de La Rioja”

Le recours à des images amateurs dans le traitement médiatique d’un tel accident n’est pas une nouveauté. Elle vient néanmoins rappeler comment les médias traditionnels peuvent parfois se retrouver tributaires des réseaux sociaux pour illustrer l’actualité. Mais l’intérêt de ces images ne se limite toutefois pas à la sphère médiatique et il y a fort à parier que celles-ci seront scrutées avec attention — tout comme leurs auteurs, témoins-clés des événements, seront entendus — par les enquêteurs argentins et français chargés de déterminer les causes du crash.

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