Alors que plusieurs bavures policières ont choqué l’opinion publique, la branche de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU en anglais, pour American Civil Liberties Union) en Californie vient de lancer une application mobile destinée aux témoins de ce genre de scènes.

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Extrait de la vidéo de promotion de l’application Mobile Me sur Youtube.

Son slogan : “La justice à portée de main”. Avec sa nouvelle application Mobile Justicel’ACLU de Californie entend faire du smartphone un contre-pouvoir citoyen face aux violences policières, le tout sur fond de tensions raciales (lire ci-contre). Lancée le 30 avril dans l’Etat californien, disponible en anglais et en espagnol sur Android et iPhone, la particularité de l’application réside dans une fonction vidéo permettant d’envoyer instantanément une copie de l’enregistrement à l’ACLU. Il est également possible d’envoyer des rapports texte et de s’informer grâce à un onglet intitulé “Connaissez vos droits”.

Bavures en série

Ces derniers mois, de nombreuses bavures policières ayant entraîné la mort de citoyens aux Etats-Unis ont connu un fort retentissement dans le monde entier. En août 2014, à Ferguson, dans le Missouri, Michael Brown, 18 ans, était tué par la police. Le 22 novembre, à Cleveland, dans l’Ohio, Tamir Rice, 12 ans, décédait à son tour sous les coups de feu d’un policier. Le 1er mars dernier, c’était au tour de Charley Saturmin Robinet, un SDF de 39 ans, de perdre la vie à Los Angeles. Le 4 avril, alors qu’il était filmé par un témoin, un policier abattait de cinq balles Walter Scott à Charleston, en Caroline du Sud. Huit jours plus tard, la mort à Baltimore de Freddie Gray, 25 ans, provoquait d’importantes émeutes. Dans cette affaire, six policiers ont finalement été inculpés d’homicide.

Les six hommes tués étaient noirs.

L’ACLU cite un autre cas pour justifier le développement de son application Mobile Justice : la mort, en mai 2010, d’Anastasio Hernandez-Rojas. Ce Mexicain de 42 ans ayant vécu près de 25 ans aux Etats-Unis, avait été battu à mort par des gardes-frontières américains. Selon l’association de défense des libertés civiles, au moins 35 personnes, dont 16 citoyens américains, ont été tuées par la police aux frontières depuis janvier 2010.

“Beaucoup d’entre nous ont vu dans nos communautés des officiers des polices locale ou fédérale avoir recours à une violence inutile, justifie l’avocat de l’association de défense des libertés civiles, Mitra Ebadolahi, sur le site internet de l’application (en anglais). Nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire pour affirmer nos libertés civiles élémentaires et nous défendre contre l’érosion de la dignité humaine”. L’ACLU en profite au passage pour rappeler que le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis garantit le droit de quiconque à photographier ou filmer des policiers impliqués dans une confrontation avec un civil.

“Nous voulons multiplier le nombre de caméras pouvant filmer des policiers à tout moment”, est allé jusqu’à déclarer Hector Villagra, le directeur de l’ACLU de Californie du Sud, au Los Angeles Times (en anglais). “Ils doivent savoir que tout ce qu’ils font peut désormais être vu par le monde entier”.

Un moyen de pression citoyen

Filmer avec son smartphone n’a rien de nouveau. Ce que l’application apporte en revanche de nouveau est une protection de l’enregistrement vidéo. Il n’est pas rare, à en croire l’ACLU, que des policiers se sachant filmés tentent de confisquer le téléphone d’un témoin, comme en témoigne une vidéo tournée près de Los Angeles en avril dernier et partagée sur YouTube. On y voit un policier s’emparer du téléphone d’une femme et le détruire. Avec Mobile Justice, le problème est résolu, affirme l’ACLU, puisque la vidéo est envoyée à l’association en direct. Même si l’appareil est saisi – bien qu’un policier n’en ait pas le droit – le document se retrouvera dans les mains de l’association et cette dernière se réserve le droit de la diffuser – sans visée lucrative – pour alerter l’opinion publique. De telles copies peuvent également peser lourd lors de procès.

L’ACLU n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Comme le rappelle le LA Times, avant la Californie, des applications similaires ont vu le jour dans d’autres Etats américains, dans le Missouri, le Mississippi, l’Oregon, ou encore à New York. C’est d’ailleurs là-bas qu’elle a été lancée pour la première fois en 2012, portée par le New York Civil Liberties Union dans le but d’enrayer les fouilles arbitraires (stop-and-frisk). A New York, 40 000 vidéos auraient déjà été envoyées, mais très peu d’entre elles témoigneraient de réels abus policiers, ajoute le LA Times, qui précise par ailleurs que l’ACLU n’est pas à l’abri des critiques. Des voix se sont élevées contre l’application mobile, au prétexte qu’elle incite des citoyens à en filmer d’autres. Un comble, selon ces détracteurs, pour une association de défense des libertés civiles.

 

La vidéo de présentation de Mobile Justice (en anglais) :


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