Nasreddine Ben Ahmed, dentiste à Sousse, vit à quelques dizaines de mètres de l’hôtel Imperial Marhaba et de sa plage, là où Seifeddine Rezgui a tué 39 touristes, le 27 juin dernier. Il a été l’un des premiers à se rendre sur le lieu de la fusillade et à y prendre des photos. Témoignage.

Après les premiers coups de feu, de nombreux touristes se cloitrent dans leur hôtel. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

Après les premiers coups de feu, de nombreux touristes se sont cloitrés dans leur hôtel. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

“Ce jour-là, j’étais en congé. En fin de matinée, j’ai entendu ce qui m’a semblé être des explosions de pétards. J’habite dans la zone touristique, tout près du Royal Kenz, qui est lui-même en face de l’hôtel Imperial Marhaba. Je suis donc sorti sur mon balcon, mais je n’ai vu que des touristes en train de prendre un bain de soleil. Je n’ai rien remarqué de spécial, mais voilà, trois minutes plus tard, j’ai entendu des cris et, dans une ruelle en contrebas qui mène à la plage, j’ai vu des dizaines de touristes qui couraient en criant”.

La pelouse d'un hôtel désertée par les touristes après l'attaque. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

La pelouse d’un hôtel désertée par les touristes après l’attaque. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

“J’ai fait un lien avec l’attentat de Lyon, que je venais d’apprendre, mais tout était encore très flou dans ma tête. Je suis descendu dans la rue et c’est là que mon voisin m’a expliqué qu’une attaque était en cours. A ce moment précis, le tireur était sur la plage. Je me suis alors dirigé vers celle-ci, mais comme j’ai eu peur, j’ai fait demi-tour et je suis rentré chez moi. Finalement, j’ai fini par ressortir et je suis allé sur la plage, où j’ai découvert des cadavres. C’était horrible. Voir tout à coup des dizaines de morts tout autour de vous, ce sont des images qui peuvent vous marquer à vie. Il n’y avait plus personne, les emplacements sous les parasols avaient été désertés et j’ai vu tous les objets précieux abandonnés par les touristes. A ce moment-là, le tireur se trouvait dans l’hôtel et j’entendais toujours des coups de feu, mais je croyais qu’il s’agissait d’échanges avec la police. Une grenade a explosé et je me suis enfui. C’était une journée affreuse.”

Un corps gise sous un drap, sur la plage de l'hôtel Impérial, à Sousse. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

Un corps gise sous un drap, sur la plage de l’hôtel Impérial, à Sousse. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

“Nous étions peu nombreux à nous rapprocher de la scène. Sur la plage, se trouvaient des locaux qui travaillent ici, et quelques touristes. En réalité, les locaux sont arrivés en masse 15-20 minutes après l’attaque. Ces gens ont été très courageux ; beaucoup parlaient avec les touristes, les aidaient à évacuer, les escortaient jusqu’aux hôtels. Certains ont formé une chaîne humaine pour les protéger. Je n’ai pas eu ce courage là. Je ne sais pas comment cela se passe en France ou en Europe dans une telle situation, mais ici, quand on entend qu’il se passe quelque chose d’anormal près de chez nous, on sort pour aller voir. On ne se cache pas.”

Un couple de touristes rentrent dans son hôtel peu après l'attaque. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

Un couple de touristes rentrent dans son hôtel peu après l’attaque. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

“Ce n’est que dans un deuxième temps, en repassant chez moi, que j’ai pris mon appareil photo. Pour être honnête, je ne sais vraiment pas pourquoi je l’ai pris. Je me rappelle juste m’être dit qu’il pourrait me servir de jumelles, grâce à l’objectif. Ensuite, j’ai évité de prendre les victimes en photo, c’était trop affreux. Je suis revenu une nouvelle fois chez moi pour charger la batterie et quand je suis redescendu dans la rue, j’ai vu les touristes en train de partir. La police était là, la panique était générale, un hélicoptère tournait à basse altitude, le son était assourdissant.”

Après l'attaque, de nombreux locaux se sont massés sur la plage de l'hôtel. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

Après l’attaque, de nombreux locaux se sont massés sur la plage de l’hôtel. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

 

“Aujourd’hui, quatre jours après l’attaque, les habitants parlent beaucoup de l’événement, mais la vie a repris son cours. Ce qui est bizarre, c’est que le soir-même de l’attaque, les terrasses étaient pleines. On peut voir de la tristesse sur les visages, mais les gens sortent. Je ne dis pas que nous avons digéré l’événement, mais la vie continue. Hier (29 juin, NDLR), j’ai même vu des baigneurs sur la plage de l’Imperial. Tout autour d’eux, il n’y a plus que des policiers, à pied, en quad, à cheval… La police est partout. Cela en devient même inquiétant. Ce n’est pas l’image que nous voulions donner. Aujourd’hui, l’hôtel en face de chez moi est presque vide. Ils étaient 800 touristes à y résider avant l’attaque, ils ne sont plus qu’une dizaine. Je peux les compter un à un depuis mon balcon”.

Les touristes quittent les hôtels de la zone. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

Les touristes quittent les hôtels de la zone. Citizenside / Nasreddine Ben Ahmed

There are no comments.

Leave a Reply