Journalistes, soyez respectueux lorsque vous utilisez des contenus amateurs ! C’est un des messages forts envoyés dans son dernier rapport par Eyewitness media hub, un observatoire américain mené par quatre universitaires spécialisés dans les contenus amateurs, ou UGC (User-generated content, contenu généré par les utilisateurs).

L’étude (à lire ici en anglais), rendue publique il y a peu, est partie à la fin de l’été 2014 d’une période d’observation de trois semaines des pages d’accueil de huit sites de médias, dont le New York Times, le Guardian ou le Daily Mail. Son but : comprendre le fonctionnement et l’utilisation des témoignages d’actualité dans les médias en ligne. Quelques réserves mises à part – notamment son tropisme anglophone – l’étude dresse une grille de lecture intéressante et valable dans le paysage français de l’UGC, que Citizenside sillonne depuis 2006. Elle fait aussi des constats inquiétants qui doivent mener les journalistes vers une vigilance accrue dans leur usages de ces “témoignages d’actualité”. Décryptage en cinq points.

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Citizenside/Jallal Seddiki

  • Des témoignages d’actualité de plus en plus recherchés par les journalistes web. En scrutant quotidiennement les pages d’accueil de huit sites d’information différents, l’étude confirme la popularisation de ce type de contenu. Près d’un article sur cinq référencés sur ces sites contient au minimum un lien vers un témoignage d’actualité. Ils sont notamment très utilisés pour apporter un complément d’information dans des articles de presse, dans près de 70% des cas, et très utilisés depuis la généralisation du live blogging, ces fils d’actualité en continu mis en place sur de nombreux sites. En France, chez France TV info, L’Obs ou Libération, par exemple.
  • Une bipolarisation du type de contenus. L’UGC est utilisé d’une part pour l’actualité dite “chaude”, notamment pour sa faculté à produire de l’illustration rapidement dans des endroits du monde où les journalistes sont peu ou pas encore présents. D’autre part, de plus en plus de sites à plus forte tendance tabloïde – dans l’étude le Daily Mail ou le média argentin Clarin – font une grande utilisation de contenus amateurs dit “viraux”, des contenus souvent anecdotiques, relayés en masse pour leur côté divertissant.
  • La poussée de la vidéo. Les médias recherchent de plus en plus de vidéos amateurs pour étayer et illustrer leurs articles. Si bien qu’au moment de l’étude menée par le Eyewitness media hub, près d’un contenu amateur sur trois était une vidéo. Elles représentent même jusqu’à 78% de l’UGC utilisé par le New York Times, un des quotidiens les plus prestigieux au monde. Ce qui s’explique notamment par l’émergence de plateformes dédiées à la vidéo comme Vine, Instagram et la suprématie de YouTube. A noter que l’étude, réalisée à la fin de l’été 2014, ne prend pas en compte la mise en place des plateformes de live streaming, comme Periscope ou Meerkat, dont l’arrivée au début du printemps 2015 a déjà commencé à redessiner l’usage du contenu amateur dans les médias.
  • Une prédominance des réseaux sociaux. Le contenu amateur provient soit d’agences de presse, comme Citizenside, soit des réseaux sociaux, pour sa grande majorité. Ce dernier usage induit des conséquences souvent désastreuses pour les témoins d’actualité. Notamment parce que les photographes ou vidéastes amateurs ont peu de contrôle sur leur production une fois celle-ci mise en ligne. D’autant plus, comme le souligne l’étude, que la quasi totalité des médias préfèrent réaliser des captures d’écran des contenus en question, plutôt que de les insérer directement dans leur article. De ce fait, l’utilisateur perd tout contrôle de son post original, surtout s’il est en désaccord avec l’utilisation faite par le média.
  • Des soucis de crédit et de permission. Dans près de la moitié des utilisations d’UCG par les médias, les contributeurs ne sont pas mentionnés dans les crédits accompagnant la photo ou la vidéo. Sans oublier que dans de nombreux cas, l’accord pour utilisation du document original n’a pas été demandé aux témoins. Une pratique qui engendre méfiance et amertume de la part des témoins d’actualité. Mal informés, ces derniers connaissent souvent peu leurs droits. Interrogées dans le cadre de l’étude, plusieurs personnes dont les images ont été reprises dans les médias ne s’étonnent pas des pratiques de certains journalistes, tout en avouant avoir désormais changé leur comportement sur les réseaux sociaux afin de mieux protéger leurs publications.

“Dans l’univers de l’UGC, dans neuf cas sur dix, il n’est pas question d’argent, mais simplement de créditer correctement l’utilisateur et de lui demander sa permission”, rappelle Eyewitness media hub en conclusion de son étude. Les chercheurs invitent ainsi les médias au plus grand respect des images utilisées, clé de voute pour réussir à tisser un lien durable et nécessaire avec les témoins d’actualité. Sans quoi, le bafouement des quelques règles élémentaires pourraient nuire aux journalistes dans leur recherche permanente de sources et de contenus amateurs.

Pour aller plus loin :

L’étude complète du Eyewitness media hub (en anglais)

Sur le blog : Photos et vidéos sur Internet : ce que disent les conditions générales d’utilisations des réseaux sociaux

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