Un réseau d’avocats basé à Londres vient de lancer une application destinée aux témoins de crimes de guerre et de violations des droits de l’homme. L’organisation espère ainsi obtenir des images pouvant servir de preuves pour traduire en justice les auteurs de ces exactions.

Souvent difficiles à vérifier, les images amateurs sont rarement recevables comme preuves devant les tribunaux internationaux. C’est en partant de ce constat que l’Association internationale du barreau (IBA) a développé l’application “eyeWitness to atrocities”, littéralement “témoin oculaire d’atrocités”. Lancée le 8 juin dernier sur Android, elle permet à toute personne assistant à des crimes de guerre ou à des violations des droits de l’homme de témoigner à l’aide d’images dont la véracité ne pourront pas être remise en question. “L’application va augmenter l’impact des vidéos collectées par ces courageux individus en s’assurant que leurs images puissent être authentifiées et donc être utilisées dans le cadre d’enquêtes ou de procès”, explique le président de l’IBA David Rivkin sur le site de l’organisation.

En effet, des informations telles que l’heure, la date et la géolocalisation de la prise de vue sont automatiquement incorporées aux photos et vidéos prises avec l’application. Une fonction intégrée est également chargée de compter le nombre de pixels dans les images pour s’assurer qu’elles n’ont pas été retouchées. Le document est ensuite encrypté avant d’être transmis par l’application sur des serveurs sécurisés fournis par la firme LexisNexis, qui a participé au projet. Un coffre-fort virtuel auquel seuls les experts de l’IBA ont accès pour analyser les fichiers reçus et juger s’il y a eu lieu d’engager des poursuites judiciaires. Ce processus vise à conserver les images originales pour qu’elles puissent être présentées devant un juge telles qu’elles ont été enregistrées.

L’exemple du Sri Lanka

Capture d’écran de la vidéo obtenue par Channel 4

L’idée de créer ce système est né après la polémique entourant une vidéo diffusée en 2010 par la chaîne britannique Channel 4. Tournées au téléphone portable, les images semblent montrer des soldats de l’armée srilankaise exécuter sommairement des prisonniers tamouls dans les derniers mois de la guerre civile qui a déchiré le pays pendant 26 ans. Mais bien que la vidéo ait été authentifiée par des experts de l’ONU, elle n’a pas pu être utilisée comme preuve dans un procès pour crimes de guerre. “Les experts sont loin d’être infaillibles et même les meilleurs commettent des erreurs. Il restera toujours un soupçon de doute qui sera utilisé comme une arme par les auteurs présumés [de ces crimes] pour repousser leurs adversaires”, raconte Rebecca Lowe de l’IBA en évoquant cette affaire. Après avoir mené leur propre enquête, les autorités de Colombo avaient en effet conclu que ces images avaient été manipulées. La date et le lieu exacts, ainsi que la provenance de la séquence n’ayant pas pu être établie de manière certaine, elle n’a donc pas été jugée admissible devant la justice internationale.

Un dispositif pour protéger les sources

C’est donc pour apporter des preuves irréfutables d’atrocités dans des zones de conflit que “eyeWitness to atrocities” a été mise au point. Mais l’accent est également mis sur la protection de l’utilisateur. Celui-ci peut ainsi choisir de rester anonyme et les images prises ne sont pas accessibles dans la galerie photo du téléphone, mais uniquement dans l’application qui est verrouillée avec un code d’accès. D’ailleurs, une option est prévue pour supprimer le fichier après son envoi sur les serveurs et un bouton permet même d’effacer toute trace du programme sur l’appareil en cas d’urgence. Toutefois, le système n’est pas à l’abri de cyberattaques même si pour le directeur de l’IBA Mark Ellis, “les militants des droits de l’homme qui s’appuient sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention sur des atrocités n’ont quasiment aucune protection et [notre application] leur offre un niveau de sécurité qui n’existait pas jusqu’ici”. Un argument qui pourrait convaincre les organisations de défense des droits de l’homme actuellement en discussion avec l’IBA en vue de déployer l’application sur des terrains tels que la Syrie ou l’Ukraine.

La vidéo de présentation de “eyeWitness to atrocities” (en anglais) :

There are no comments.

Leave a Reply