Vous êtes devant la grande scène du festival, la tête d’affiche se lance après une brève introduction. Coincé entre le public qui gronde et l’artiste qui commence à chanter, vous dégainez votre appareil et commencez à photographier. Dans quelle direction ? Comment capter l’émotion ? Et réussir à faire son jeu malgré les lumières changeantes et vos compagnons d’échappée qui bougent, se poussent et shootent à tout va ? Kévin Niglaut et Caroline Paux, deux contributeurs de Citizenside, racontent leurs premiers pas dans la moiteur des festivals.

L’art de bien se placer

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Face à la scène, le photographe est obligé de shooter en contre-plongée. Citizenside/Kévin Niglaut

“L’idéal, c’est d’arriver assez tôt sur le festival, le temps de récupérer son accréditation et de pouvoir se placer sur les premiers concerts”, explique Kévin Niglaut, jeune photographe rennais. En général, l’espace de l’avant-scène, entre les crash barrières, qui contiennent le public, et la scène, réservé aux photographes, ouvre quelques minutes avant le début du concert. Il faudra se faufiler pour bien se placer. Le mieux étant en général de se trouver sur un des côtés de la scène, là où l’angle de prise de vue est le plus large, tout en évitant “le côté où le chanteur tient son micro”, note Kévin Niglaut, pour un meilleur rendu sur le visage. Sur le devant, face à la scène souvent haute d’au moins deux mètres cinquante, les prises de vue sont beaucoup plus ardues. Cette place, difficilement négociée au début du concert, est souvent définitive, car une fois le show lancé, la masse de photographes rend les déplacement périlleux d’un côté à l’autre de l’estrade. Pour s’approprier l’espace, les premiers concerts de la journée, moins courus des médias, permettent souvent de se faire la main.

Saisir l’instant

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Derrière les barrières, le public se prête facilement au jeu des photographes. Citizenside/Kévin Niglaut

Une fois placé au coeur de cette petite fosse de photographes, muni d’indispensables bouchons d’oreilles, votre cage thoracique vibre au gré des basses, la foule, derrière vous, bouillonne et le moment tant attendu arrive. En général, les photographes accrédités n’ont accès qu’aux trois premiers morceaux du concert – cela peut parfois monter jusqu’à cinq pour les artistes les plus généreux – le photographe doit donc attaquer pied au plancher pour ne pas rater les instants où le concert décolle, “les moments où on s’éclate”, s’enthousiasme Caroline Paux. Se préparer en amont peut être une solution. “Sur le concert de Shaka Ponk à Art Rock, en discutant avec d’autres photographes, j’apprends que sur les trois morceaux, le premier est une intro, sans présence scénique, que le deuxième a un jeu de lumière très sombre et que le troisième, par contre, va envoyer. Il ne faut pas se louper, on aura pas de seconde chance”, raconte le  photographe breton. Quand la prise de vue frontale n’est pas possible, parce que l’artiste n’est pas encore sur scène, ou trop en retrait, ne pas hésiter à faire un demi-tour sur soi même et se retrouver face au public massé contre les crash barrières, pour d’impressionnantes images d’ambiance.

De la technique et du feeling

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Se focaliser sur l’expression faciale de l’artiste, ici The Do, est primordiale pour saisir l’intensité du concert. Citizenside/Kévin Niglaut

L’ambiance explosive, les variations de lumières rouges, bleues, vertes, qui saturent rapidement, le mouvement, le passage du jour à la nuit – les concerts sont souvent en plein air – sont autant de difficultés que vous devrez prendre en compte. Pour optimiser le rendu, être à l’aise avec son matériel n’est pas une option. Certains shootent image par image comme Caroline Paux qui “choisi rapidement [sa] vitesse d’obturation et adapte [son] ouverture entre chaque cliché”. D’autres, comme Kévin Niglaut, préfèrent shooter en rafale “pour ne rien manquer”, même s’il préfère le rendu de ces dernières séries, lorsqu’il a pris son temps. Les prises de vue et la qualité du rendu dépendent aussi du show proposé par l’artiste. Plus l’énergie est présente sur scène, plus vous chercherez à la retranscrire via des plans sur les visages, sur les mains et l’expression corporelle. Quand la scénographie s’y prête, préférez des plans larges et soyez prêt à capturer le mouvement et l’énergie, essence même d’une bonne photo de concert.

Prendre du recul

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Prendre de la hauteur permet une meilleure vue sur la foule. Citizenside/Caroline Paux

Les trois morceaux passés dans l’avant-scène défilent vite, il faut sortir. C’est l’occasion de plans plus variés. Vous contournez la scène avec amplitude ou se faufilez dans la fosse, en évitant les bières, slameurs et sauts impromptus – une démarche risquée qui pourrait coûter cher à votre matériel. Au loin, vous recherchez des plans de foule, des jeux avec les mains des spectateurs, des expressions faciales facilitées par l’usage d’un téléobjectif, qui “apporte une profondeur de champ très satisfaisante”, commente Caroline Paux. Le mieux est encore de prendre de la hauteur, en allant se positionner dans la tour régie, parfois accessible aux photographes accrédités, pour des vues d’ensemble toujours impressionnantes. Une fois sorti, vous pourrez commencer une pré-sélection de vos photos sur la route du prochain concert ou même commencer votre editing dans la salle presse.  “En général, on sait quand on a été bon, mais parfois à la découverte des clichés, on a des surprises”, éclaire Kévin Niglaut.

Jongler avec les contraintes

Plus l’événement est gros, plus les contraintes sont fortes. Vous devrez vous adapter. Sur son premier Solidays, Caroline Paux n’était par exemple pas accrédité pour l’avant-scène. “Il faut savoir être ingénieux, en accédant à l’estrade pour les personnes à mobilité réduite, on est un peu surélevé et cela permet déjà de faire de meilleures photos”, se rappelle la photographe. Parfois ce sont les stars qui se montrent un peu précieuses. Certains n’ouvrent l’avant scène que pour un seul morceau, réduisant le temps prise de vue des photographes, d’autres filtrent l’accès à quelques photographes triés sur le volet, quand ce n’est pas l’interdiction totale de cette zone, comme l’a vécu Caroline Paux lors d’un concert de Vanessa Paradis. “Dans ce cas, on est obligé de prendre du recul et de shooter au téléobjectif pour tenter d’avoir quelques photos potables, même si le rendu sera toujours moins bon.” Et les divas des temps modernes, comme Christine and the Queens ou Selah Sue, de rajouter une nouvelle couches de restriction, en faisant passer tous les clichés par un contrôle de la production avant une éventuelle publication, ce qu’à pu vivre Kévin Niglaut au festival Art Rock. Vous voilà prévenu.

Christine and the Queens

Christine and the Queens lors du Solidays 2014. Citizenside/Caroline Paux


Pour aller plus loin

A lire sur le blog : Photos de concert, “notre travail est d’insuffler de la musicalité à nos clichés”

A lire sur Télérama.fr : Photographe de concert, bonjour la galère (à propos des conditions drastiques imposées par les artistes aux photographes de concert)

A voir sur Citizenside : Les séries complètes de Kévin Niglaut au festival Art Rock 2015, ici, et .

Les séries de Caroline Paux réalisées aux Solidays 2014 ici, et .     

 

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