Deux récents incidents survenus coup sur coup en Pologne et en Californie ont suscité une nouvelle vague d’inquiétude autour des drones. Si ces engins volants sans pilote embarqué connaissent un boom dans des domaines aussi variés que les loisirs, les médias, le commerce ou la défense, de plus en plus de voix s’élèvent contre l’irresponsabilité d’une partie de leurs utilisateurs.

En ce début d’été, la Californie a été frappée par d’importants incendies de forêt, attisés par la sécheresse et des conditions météorologiques défavorables. En plein brasier, les pompiers californiens ont été pourtant contraints de retarder plusieurs interventions et laisser, à contre-coeur, les flammes ravager un peu plus le paysage. La faute à quoi ? A la présence de drones de loisirs survolant les environs. L’incident, relayé dans la presse locale, puis nationale (voir ci-dessous le reportage de la chaîne américaine CBS sur le sujet) et internationale, a suscité l’indignation.

Les hommes du feu ont tiré en premier, en dénonçant publiquement la bêtise de certains pilotes de drones, avant que les autorités californiennes ne déploient les grands moyens et promettent 75 000 $ de récompense pour toute personne dénonçant les droneurs indélicats ayant perturbé trois opérations d’extinction. Si le risque d’une collision avec un Canadair ou un hélicoptère bombardier d’eau est bien réel, le principal danger vise en réalité les pompiers-parachutistes, les smokejumpers. La rencontre entre ces derniers et un drone “peut être mortelle”, a expliqué au Sacramento Bee (article en anglais) le pilote John Blumm, chargé des parachutages. “Les gens sous-estiment les propriétés physiques des drones, car ceux-ci sont petits”.  Petits mais potentiellement très dangereux.

En Europe cette fois, le 20 juillet, un pilote d’un Embraer de la Lufthansa a eu à son tour la désagréable surprise de croiser un drone à une centaine de mètres de son appareil, en pleine manoeuvre d’atterrissage au-dessus de l’aéroport de Varsovie, en Pologne. L’incident, rapporté par un grand nombre de médias, n’a fait qu’alimenter le débat autour de la dangerosité de ces petits engins volants, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas du premier cas recensé. En mars dernier, un Airbus A320 avait lui aussi frôlé un drone au-dessus de l’aéroport d’Heathrow, à Londres, comme le rapportait alors le site Deplacementspros.com. Le 21 juin, c’est la carcasse d’un drone équipé d’une caméra qui était retrouvée tout près de l’aéroport de Songshan, à Taïwan. Enfin, un mois plus tard, toujours à Taïwan, un drone heurtait de plein fouet la fenêtre d’une tour d’immeuble, selon le site Taiwan Info.

Lorsque l’on sait qu’un oiseau peut endommager un réacteur, il est facile d’imaginer combien la rencontre entre un drone et un avion pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Dans son article consacré à l’incident de Varsovie, Le Parisien n’a pas manqué de préciser que l’Union européenne, consciente du risque, réfléchissait depuis peu à l’instauration de règles communes afin d’éviter que les drones ne deviennent la nouvelle hantise des pilotes.

Bombes et armes volantes

Toujours plus accessibles, les drones feraient également peser un risque élevé sur la sécurité militaire, rapporte le site américain spécialisé Breaking Defense (en anglais), relayant un rapport du think thank Center for a New American Security. Le dit-rapport, publié en juin et intitulé A World Of Proliferated Drones (en anglais), estime que ces engins volants difficilement détectables ont de grandes chances d’être utilisés un jour comme autant de bombes volantes par des organisations terroristes et des guérillas, désireuses d’attaquer par surprise armées régulières et civils. A l’avenir, note le CNAS dans son rapport, “les drones pourraient accroître les tensions dans des zones de conflit en rendant possibles des attaques ou des incursions de l’autre côté d’une frontière”… Cependant, ils pourraient tout autant “accroître la sécurité internationale en réduisant la capacité de certains états à offrir un abri sûr à des terroristes”, veut rester optimiste le think thank américain.

Les drones amateurs armés constituent-ils alors une réelle menace ? S’il est trop tôt pour l’affirmer, les Etats-Unis se sont émus, courant juillet, de la publication sur YouTube (voir ci-dessous) d’une vidéo d’un drone artisanal équipé d’un pistolet semi-automatique. A l’origine de cette invention : un jeune bricoleur du Connecticut, âgé de seulement 18 ans. Comme le raconte LeMonde.fr, le partage de la vidéo a poussé l’administration fédérale de l’aviation américaine (FAA) à ouvrir une enquête.

Si l’on ajoute à cette liste les survols de centrales nucléaires et de divers sites sensibles à travers le monde, ou encore les récentes révélations de WikiLeaks sur un projet mené par la société italienne Hacking Team et une filiale de Boeing visant à lancer un engin capable de répandre des logiciels espions depuis les airs (lire l’article sur The Intercept, en anglais), le spectaculaire essor des drones s’accompagne aujourd’hui d’une méfiance grandissante à leur égard. Comme nous l’expliquions en février dernier dans notre post de blog consacré à la législation française en la matière, un grand nombre d’Etats, dont la France, n’ont eu de cesse ces dernières années d’adapter leur arsenal législatif et réglementaire à l’utilisation des drones. Pourtant, les récentes tergiversations de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) sur le sujet viennent illustrer à quel point les puissances publiques hésitent encore quant à la réponse à apporter, entre ouverture et répression.


Pour aller plus loin…

Sur le blog :

Drones : ce que dit la loi en France (18 février 2015)

Sur le web :

Le blog “La foire du drone”, par Jean-Michel Normand, journaliste au Monde

Un article de Mashable sur la nouvelle réglementation des drones au Royaume-Uni (en anglais)

 

Photo d’illustration : Thierry Thorel / Citizenside

There are no comments.

Leave a Reply