De plus en plus de médias, notamment parmi les chaînes de télévision et les sites d’information, recherchent et utilisent des vidéos amateurs pour compléter leur couverture de l’actualité. La vidéo, comme la photo, comporte des canons propres qu’il convient de maîtriser avant de se rendre sur le terrain. Voici quelques conseils pour éviter de revenir bredouille.

Avant toute chose, une des clefs d’une vidéo bien construite tient souvent à l’anticipation. En se renseignant avant de sortir, il est possible de rassembler une mine d’information utiles – la topographie du lieu, les participants, l’heure, la météo – pour ne pas se disperser sur le terrain. Repérer un point d’altitude avant de sortir – afin de réaliser un plan large – permet par exemple de gagner un temps précieux. Etre préparé permet surtout de rapidement se positionner pour réaliser des plans de valeur différentes nécessaires pour rendre pleinement compte de l’événement et maintenir le spectateur captivé.

Une fois décortiqué, un reportage réalisé par notre contributeur Andrey Borodulin lors de la manifestation en hommage à l’opposant Boris Nemtsov à Moscou, permet, à titre d’exemple, d’isoler quatre grands types de plan, valables dans toutes les situations, détaillés ci-dessous.

Le plan général avec ou sans panoramique :

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Citizenside/Andrey Borodulin

Cette séquence montre l’événement de loin, voire de très loin. Elle permet de saisir son ampleur et sa localisation en incluant le “décor” et les personnages qui s’y trouvent. Ce plan est essentiel à la compréhension d’un événement car il inclue son contexte. L’idéal est de se placer le plus loin possible de l’événement : au bout de la rue, sur l’autre rive d’une rivière, en haut d’un balcon. Le panorama, qui doit rester stable et lent, fonctionne également bien dans ce genre de situation. Pour rendre ce mouvement de caméra dynamique, il faut toujours tenter de partir d’un point intéressant pour aller vers un autre point encore plus intéressant. Pour faciliter le montage, il convient de patienter 5 secondes au début et à la fin du mouvement de caméra.

Le plan intermédiaire :

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Citizenside/Andrey Borodulin

Ce plan, qui montre l’événement légèrement en retrait mais à l’échelle d’un témoin, est le plus courant. Dans le cadre d’un rassemblement, la caméra montre les groupes présents dans le cortège. Elle ne s’attarde pas sur les individus mais décrit les forces en présence : corps de métier, hommes, femmes, militants d’une cause. La séquence se filme depuis les abords les plus proches de l’événement. Ici Andrey Borodulin s’est placé juste derrière les barrières délimitant la manifestation. Il a aussi filmé le défilé d’un point de vue original, juste derrière les policiers qui l’encadrent. Avec ce type de séquence, ne pas hésiter à diversifier les points de vue. Si plusieurs types de protagonistes s’affrontent, typiquement des manifestants avec la police, il est judicieux de se placer entre les adversaires et des deux côtés pour créer un effet de contraste.

Le plan serré ou américain :

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Citizenside/Andrey Borodulin

Dans le cadre d’une manifestation, ces plans s’attardent sur les individus présents. Le plan serré cadre sur les visages et le haut du buste tandis que le plan américain s’arrête mi-cuisse. Il permet de facilement comprendre leur état d’esprit et leur attitude. C’est également le cadrage à adopter pour les prises de paroles. Dans le cas d’un discours long, il est préférable de sélectionner les moments les plus importants en cadrant sur l’orateur. Filmer son auditoire permet de rendre la séquence plus dynamique. Il est possible de s’intéresser à un morceau de discours, à une prise de parole, à la répétition de slogans (penser à commencer 5 sec avant et à couper 5 sec après), mais la qualité du micro est alors à prendre en compte.

Avec ce type de plan, la créativité et la subjectivité du vidéaste prennent toute leur importance. Le vidéaste peut montrer les personnages et les détails qui l’interpellent et donc livrer une vision personnelle de l’événement. Il faut cependant rester rigoureux : comme dans tout reportage, l’objectivité prime. De manière générale, il faut diversifier les angles et se déplacer autour de l’événement.
Le plan de coupe/d’insert et le gros plan :

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Citizenside/Andrey Borodulin

Ce type de plan, très rapproché, permet d’illustrer l’atmosphère avec des détails ou des “documents”. Dans une manifestation, le reporter peut filmer les drapeaux, les pancartes, les autocollants, les tracts. C’est l’occasion de se rapprocher davantage des individus et du message qu’ils véhiculent. Ce type de plan permet aux spectateurs de lire les slogans et comprendre, sans commentaire, ce qu’ils revendiquent. Le zoom peut être tentant mais doit être évité dans la mesure du possible. Il fait perdre à l’image une partie de sa stabilité et de sa résolution – dans le cas d’un zoom numérique. Il convient donc de se rapprocher au maximum du sujet afin d’éviter d’avoir recours au zoom.

Composer un plan

En plus de ces différents types de plan, il convient de prêter un soin particulier à la composition du cadre, dont la plupart des règles sont interchangeables avec la photographie. Celles concernant la proportion 1/3 – 2/3, les lignes de perspective, les trois niveaux de profondeur, la règle des tiers ou “le cadre dans le cadre” sont tout à fait valables en vidéo. La principale différence concerne la temporalité. La visualisation des images n’est pas éphémère mais se poursuit sur plusieurs minutes. L’objectif est donc de captiver le spectateur le plus longtemps possible en jouant sur les différents plans et leur composition. Tout comme le montage, dont nos équipes peuvent assurer la réalisation. Sur la base des différents clips fournis – d’une dizaine de secondes chacun -, l’objectif est de composer une vidéo d’environ 2 minutes en juxtaposant les plans sans fondus, panneaux ou filigrane. La vidéo montée pourra alors être proposée aux médias.

Plus d’informations :

Conseils basiques pour la prise de vue avec un smartphone, en tutoriel vidéo.

Petit guide de la compression vidéo par Charlène Salomé.

Revue des applications de montage pour smartphone par Thomas Blachère.

Une étude américaine (en anglais) sur l’utilisation du contenu amateur par la télévision.

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