Après Snapchat et Facebook, Apple lancera bientôt une nouvelle fonctionnalité proposant une offre personnalisée d’articles de médias partenaires. Comme Discover et Instant Articles, News d’Apple permet à l’utilisateur de pouvoir lire du contenu provenant d’une poignée d’éditeurs directement sur son application. Malgré les réticences de certains face à la perte de contrôle du contenu hébergé, de nombreux médias ont déjà succombé aux sirènes des géants du web. Parmi eux, le New York Times, National Geographic, CNN ou encore Bild et le Guardian. 

Un internaute utilisant Facebook Instant Articles. Crédit : Facebook

Un internaute utilisant Facebook Instant Articles. Crédit : Facebook

L’actualité suscite la convoitise des géants du web. Snapchat, Facebook et Apple courtisent les médias à coup de nouvelles fonctionnalités, qui promettent de révolutionner la lecture sur mobile et plus globalement, les habitudes de consommation de l’information. Leur pari : consulter la presse directement depuis leurs plateformes, sans avoir besoin d’attendre plusieurs secondes qu’un lien ouvre l’article sur le site du média. Les critiques n’ont pas tardé à affluer, reprochant à Facebook ou Apple, de vouloir vampiriser des médias déjà ultra-dépendants de Google et des réseaux sociaux.

Pourtant une petite dizaine d’éditeurs, et pas des moindres, se sont déjà laissés convaincre par l’information estampillée Snapchat, Facebook ou Apple. Parmi eux : le New York Times, National Geographic, The Guardian, CNN, le Daily Mail ou encore Bild. Pour cause, les réseaux sociaux sont devenus les meilleurs intermédiaires entre les médias et leurs lecteurs, comme le souligne le rapport annuel du Reuters Institute britannique, reposant sur un sondage mené auprès de 20 000 personnes dans douze pays d’Europe, le Brésil, les Etats-Unis et le Japon. 41% des sondés affirment avoir utilisé Facebook au cours de la semaine écoulée pour trouver, lire et partager de l’information. En France, ils sont 35%, aux Etats-Unis 40%. Une tendance qui rendent les éditeurs de contenus de plus en plus dépendants des plateformes de réseautage. Quitte à sacrifier le trafic sur leurs propres pages ?

Des articles adaptés à la lecture sur mobile

Proches de l’agrégateur  d’informations, ces nouvelles applications proposent des contenus, adaptés au web, directement hébergés par Apple, Facebook et Snapchat. Sur Instant Articles ou Discover, les formats sont attractifs, le texte mis en valeur par des éléments interactifs, de la vidéo et de belles infographies, pensés pour la lecture sur mobile et tablette. Et surtout, ils se chargent quasi-instantanément. Cette fluidité assure une meilleure visibilité des articles et offre la promesse d’un nouveau lectorat. Des arguments qui ont convaincu les médias partenaires de se lancer dans l’aventure. Comme l’explique Vivian Schiller, ancienne chef du service digital chez NBC News et ex-présidente de la NPR, au New York Times,  «c’est là où l’audience se trouve, on ne peut l’ignorer». Pour Declan Moore, le responsable du service média au National Geographic, «la chose la plus importante sur mobile est la rapidité». Un gain de temps à la lecture, c’est justement ce qu’offrent ces nouvelles applications. Chris Cox, responsable du projet chez Facebook, vante sa fluidité :

«Il s’agit d’un outil permettant aux éditeurs de fournir une meilleure expérience à leurs lecteurs sur Facebook. Instant Articles leur permet de proposer rapidement des articles interactifs, tout en conservant le contrôle de leur contenu et de leur modèle économique».

Introducing Instant Articles from Facebook on Vimeo.

La volonté des géants du web est évidente : devenir la première source d’information et inviter l’internaute à passer le plus de temps possible sur son application. Lire, partager et commenter l’information sans même quitter sa page Facebook ou son application Snapchat : une aubaine pour des plateformes, qui ont basé leur business modèle sur l’implication sociale de leurs utilisateurs. Apple espère ainsi délivrer «la meilleure expérience de lecture sur mobile».

Sur News, dont la sortie est prévue pour cet automne, chaque média aura sa propre chaîne, offrant aux utilisateurs la possibilité de rechercher et mettre en favoris différents sujets et publications selon leurs intérêts. L’application sera ainsi en mesure de créer un fil personnalisé d’articles basé sur les intérêts propres de l’utilisateur. Chacun pourra également customiser à sa guise la mise en page des histoires. Le but ? Intégrer les habitudes de consommation de l’information dans le système même du mobile.

Accord en faveur des médias ?

Pour convaincre les éditeurs, Apple, Facebook et Snapchat ont du faire un certain nombre de concessions. Notamment en ce qui concerne les revenus tirés de la publicité. La firme de Mark Zuckerberg affirme que les médias pourront faire apparaître leurs propres publicités dans leurs “Instant Articles”, et pourront conserver 100% des recettes. En revanche, l’entreprise proposera aussi de gérer pour eux la pub, le réseau social s’octroyant alors 30% des revenus. Les clauses du contrat sont sensiblement les mêmes avec Apple et Snapchat, ce dernier ayant conclu une redistribution à 60% au profit des médias pour les pubs vendues par le réseau social.

Si les médias semblent plutôt gagnants, ne risquent-ils pas de perdre tout contrôle sur le trafic, puisque les vues n’affectent plus directement la home page du site ? Facebook et Apple ont encore une fois tout prévu. Avec Facebook, les éditeurs ont la possibilité de mesurer le trafic des articles qu’ils postent sur le réseau social et d’avoir accès à différentes statistiques concernant leurs lecteurs. L’outil comScore se charge de leur créditer cette audience. Les termes émis par la marque à la pomme semblent moins favorables aux médias.  En adéquation avec sa nouvelle politique sur la vie privée, Apple souligne qu’aucune donnée enregistrée par l’appli News ne sera partagée avec les parties tiers. Là où Apple se rattrape : il donne la capacité aux éditeurs de promouvoir leurs abonnements, newsletters et autres interactions directes avec leurs lecteurs.

L'application News d'Apple disponible à l'automne. Crédit : Apple

L’application News d’Apple disponible à l’automne. Crédit : Apple

Méfiance des éditeurs

Sur le papier, ces applications ont tout pour séduire les éditeurs. Cependant, Peter Kafka de ReCode appelle à la vigilance quant aux données que Facebook partage avec ses partenaires. Le réseau social se réserve le droit de conserver un total contrôle sur les données qui concernent l’identité et le comportement des lecteurs. Pour toute publicité ciblée, les médias seront donc contraints de passer par Facebook, comme le souligne le site spécialisé. Acheter toujours plus d’encart publicitaire sur Facebook et inviter les internautes à passer toujours plus de temps sur leur timeline : voilà la volonté de Mark Zuckerberg.

Le contrôle du contenu semble être le premier contre-argument pour certains éditeurs. Will Lewis, le patron de Dow Jones, propriété du Wall Street Journal, déjà dans l’aventure au côté de Facebook et Apple, appelle les médias à «ne pas courir comme des poules sans têtes», lors d’une intervention aux derniers Cannes Lions. Le journaliste met en avant les risques de publier du contenu dans les «jardins gardés» de Facebook et Apple, qui ont souvent tendance à donner la prime aux vidéos de «chats sur des skateboards». Ne risquent-ils pas d’avoir une incidence sur le choix des sujets ? Une inquiétude fondée quand on sait que Facebook a modifié, il y a trois ans, son algorithme, favorisant le partage d’articles “lol”, “fun” mais surtout viraux. Dans un article daté de 2012, le blog du Monde Rézonances dénonçait alors la dictature du like et le virage “entertainment” pris par de nombreux médias contraints de succomber au contenu viral pour exister sur la plateforme. Même les éditeurs partenaires restent sur leurs gardes. Le prestigieux groupe de presse allemand Axel Springer (Bild et Die Welt) qui a signé avec Facebook, tient à rassurer ses lecteurs :

«Cette coopération stipule que la souveraineté et la responsabilité de Bild pour ses contenus journalistiques sont maintenues. Tous les contenus restent la propriété de Bild (…). En outre, il est prévu que Facebook propose un modèle payant pour du contenu journalistique au cours de la période de test».

L’éditeur l’affirme, s’il n’est pas entièrement satisfait d’Instant Articles, il ne poursuivra pas l’aventure au-delà de la phase-test. Comme l’application Flipboard, qui aime se définir comme un «magazine social», Apple, Facebook et Snapchat devront sans doute à terme intégrer une offre payante pour les sites recourant au paywall.

Vers une révolution de la presse sur mobile ?

Si Google est capable d’influencer depuis plusieurs années l’écriture journalistique sur le web, des géants comme Facebook et Apple ont acquis l’hégémonie nécessaire pour peser durablement sur la manière de consommer l’information en ligne. Business Insider prophétise déjà le futur de la presse dans un récent article. Parmi ses intervenants, Jon Steinberg, à la tête du Daily Mail, y croit également beaucoup. Pour lui, les médias doivent se préparer à une “ère post-trafic“. «Le trafic direct n’est qu’une mesure de l’amour que l’audience porte à votre contenu» affirme-t-il au site britannique. Pour lui l’avenir se jouera sur la capacité des éditeurs à monétiser leur présence sur ces plateformes.

L’information s’élabore déjà sur et pour les réseaux sociaux. Et la presse ne cesse de se ré-inventer à l’heure de la montre connectée et du mobile. Buzzfeed se diversifie avec Buzzfeed Distributed en embauchant une équipe dédiée à créer du contenu original pour des plateformes telles que Tumblr, Imgur, Instagram, Snapchat ou encore Vine. Autrement dit des applications sur support mobile. Apple recrute des journalistes pour alimenter son application News. Mashable a, de son côté, expérimenté le story-telling éphémère en passant une année sur Snapchat. Reste à savoir si la presse trouvera enfin dans le support mobile un business model viable.

 

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