L’arrivée de milliers de réfugiés aux portes de l’Europe a fait rugir les réseaux sociaux. Dans le tohu-bohu des commentaires, les photographies sont devenues la manne des tenants des discours anti-immigration ou pro-réfugiés au point de tordre, de détourner ou de fausser la réalité.

LES PHOTOS TRUQUÉES


La preuve par l’image. Sauf que l’image est truquée. Pour la une de son 19e numéro, le journal municipal de la ville de Béziers, dans l’Hérault, a maquillé une photographie de l’agence de presse AFP pour faire croire que des réfugiés vont envahir la commune. Sur les vitres du wagon, deux panneaux ont été ajoutés suggérant que le train est en direction de Béziers. Le cliché original a été pris le 18 juin 2015 en Macédoine par Robert Atanasovski. L’AFP a assigné en justice la ville et son maire Robert Ménard, apparenté Front National, après la publication de ce photomontage.



Mylène Troszczynski, eurodéputée et conseillère régionale Front National, a partagé sur son compte Twitter, le 23 septembre 2015, une image de femmes voilées attroupées devant “la Caf à Rosny sous Bois”, selon l’élue. Mais une internaute a déterré la photo originale, prise à Londres. Si l’on joue au jeu des différences, on s’aperçoit que la photo truquée a été zoomée pour supprimer le panneau du métro londonien au fond à gauche et pour ajouter le logo de la Caisse d’allocations familiales à droite.



Un autre faux, plus discret celui-là. Le célèbre acteur anglais Benedict Cumberbatch aurait posé pour appeler à la fermeture des frontières de l’Union européenne et pour dénoncer l’arrivée de migrants terroristes. Un internaute, proche des idées du Front National – il milite sur son compte pour la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 – a partagé ce cliché sur Twitter le 12 septembre 2015, assorti de la légende “#migrants #invasion”. Une simple recherche sur Google permet de trouver que la photo a été modifiée pour lui faire dire l’inverse de son message initial. Le portrait original a été réalisé par l’association Save the children deux jours plus tôt pour condamner la réponse jugée trop lente des autorités britanniques à la crise des migrants.

LES PHOTOS DÉTOURNÉES

Face à l’hostilité des uns pour accueillir les réfugiés, les Européens ont la mémoire courte, râlent d’autres. Plusieurs internautes ont partagé trois images début septembre 2015 montrant des grappes d’individus accrochées à la coque d’un paquebot débordant de passagers. “L’immigration des européens vers l’Afrique du Nord durant la première guerre mondiale”, selon eux. Sauf que ces photos montrent en fait l’arrivée du cargo Vlora dans le port italien de Bari le 8 août 1991. Plusieurs milliers de migrants albanais venaient tenter leur chance en Europe un an après la chute du régime communiste.



Nos plages seraient envahies de femmes voilées, selon un internaute. “Vous aimez ?” interroge-t-il. En réalité la photo est tirée d’un film iranien de 2009 intitulé “Women without men”.

LES PHOTOMONTAGES MENSONGERS

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Ce qui fait à la fois la beauté et la dangerosité d’une photographie, c’est son angle de prise de vue. Car il est facile de faire dire n’importe quoi à une photo. Les migrants qui viennent en Europe sont tous des hommes selon Britain’s First, un groupe d’extrême droite britannique, très actif sur Facebook. Ces “lâches” auraient abandonné leurs propres familles dans leur pays en guerre. La scène en bas du photomontage se déroule dans la gare de Keleti à Budapest, en Hongrie le 1er septembre 2015. L’image a été prise par Laszlo Balogh, photographe à l’agence de presse Reuters. La même agence a diffusé le lendemain un reportage dans la même gare où l’on peut observer la présence de femmes et d’enfants.

Selon les Nations Unies, presque 70 % des réfugiés qui atteignent l’Europe sont des hommes. Mais cela ne signifie pas que les femmes et enfants ne quittent pas les zones de guerre civile. Plusieurs documentaires montrent que ces derniers préfèrent rester dans des camps en Turquie ou au Liban, où ils sont largement majoritaires, quand les maris et pères se risquent à venir sur le continent européen.


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Autre scénario fantasmé : parmi les migrants se cacheraient des terroristes. Là encore, image à l’appui. Mais là encore, montage grossier. Certains de ces photomontages ont déjà été vérifiés par le quotidien britannique The Independent ou le site Francetv info. Un troisième a fait son apparition ces derniers jours sur un forum russe. Une simple recherche puis une comparaison des clichés originaux permet de se rendre compte qu’il ne s’agit pas du même homme sur la première et deuxième photo.

Méfiez-vous donc de ces images qui circulent à la vitesse grand V sur la toile. Les réseaux sociaux, espaces d’expression par nature, se muent de plus en plus en espaces d’information. Le problème que posent ces faux documents chocs est qu’ils risquent de forger à tord l’opinion de ceux qui les regardent. “Une image vaut mille mots.” Et l’internaute ne croit que ce qu’il voit. Mais plus la diffusion de ces “hoax” est large et rapide, plus ils apparaissent crédibles. Par exemple, les hoax débusqués dans cet article nourrissent un imaginaire anti-immigration, assorti d’un vocabulaire – “invasion”, “migrants” ou “immigration” “terroriste” ou encore “violence” – destinés à convaincre des maux des migrations. Si vous avez un doute sur l’une d’entre elles, n’hésitez pas à nous contacter ou encore à vérifier si elle n’a pas déjà été signalée comme hoax sur Internet.

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