Chaque semaine, des centaines de migrants venus principalement du continent africain et du Moyen-Orient cherchent à atteindre l’Union européenne par la Méditerranée. D’ici à la fin 2016, ce sont près de 850 000 personnes qui tenteront de rejoindre l’Europe, selon les dernières projections de l’Organisation des nations unies. Pour fuir un conflit, une situation politique dangereuse ou la pauvreté, ces réfugiés naviguent dans des embarcations de fortune et dans des conditions périlleuses.  A leurs côtés, les photographes tentent de rendre compte de cette situation alarmante. Trois contributeurs de Citizenside postés à Palerme, Budapest et à la frontière grecque ont choisi de vivre au plus près cette “crise des migrants”. Témoignages.

“Je me suis senti extrêmement mal à l’aise la première fois face aux migrants qui descendaient du bateau”. Voilà plus d’un an qu’Antonio Melita se rend régulièrement dans le port de Palerme, en Italie, pour couvrir l’arrivée des réfugiés repêchés en mer Méditerranée par les gardes-côtes italiens. “Cela ne ressemble pas du tout à ce que j’avais l’habitude de faire, j’aime pouvoir échanger avec mes sujets, ici il y a beaucoup de distance. C’est difficile de parler avec eux, on peut juste échanger un signe de la main pour chercher une approbation, capter un sourire, une émotion”, ajoute le photographe sicilien. Un sentiment partagé par Rade Markovic qui suit avec son appareil photo le chemin de demandeurs d’asile, de leur premiers pas en Grèce jusqu’à leur arrivée en Allemagne. “C’est extrêmement éprouvant physiquement et émotionnellement. Ils sont tous très gentils avec nous et en même temps, ils sont épuisés par leur voyage et apeurés par ce qui les attend”.

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Des migrants attendent de pouvoir débarquer dans le port de Palerme. Citizenside/Antonio Melita

En Macédoine, en Grèce ou en Hongrie, les vagues de réfugiés sont en effet filtrées et ne peuvent passer qu’au compte-goutte les postes frontières, ce qui entraîne des jours entiers d’incertitude et d’attente sous le soleil méditerranéen. “Le plus difficile, ce sont les enfants, je crois. Il y en a énormément, ça me met à chaque fois dans une position très inconfortable. Pourtant, tout le monde nous encourage à continuer à prendre des photos.” Les migrants les premiers. “Ils veulent que nous fassions passer un message, que nous puissions documenter les conditions dans lesquelles ils sont entrés en Europe”, commente le photographe slave.

Ce besoin de témoigner, Gergely Nehéz l’a ressenti tout de suite lorsque le gouvernement hongrois a décidé au début du mois de septembre de fermer la gare de Keleti, à Budapest, empêchant des milliers de réfugiés de se rendre en Allemagne et en Autriche. Sans se poser de questions, le jeune hongrois a donc saisi son appareil pour immortaliser l’instant. “J’ai tout de suite essayé de me mettre à leur place, de comprendre ce qui pouvait les pousser à vouloir venir ici avec autant de détermination”.

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Un enfant joue dans la gare de Keleti à Budapest. Citizenside/Gergely Nehéz

Des images qui marquent

Dans les ports ou aux abords des camps installés aux frontières de l’Europe, après avoir négocié avec la police et les gardes-frontières, les photographes découvrent une situation souvent dramatique. “On ne m’a rien caché, j’ai pu faire toutes les images que je voulais. Mais le plus dur dans ces situations ce n’est pas d’accéder au site, c’est l’implication personnelle que cela demande”, témoigne Rade Markovic, avant d’ajouter : “Je peux vous garantir que cette photo d’un homme en train de faire un arrêt cardiaque à la frontière entre la Grèce et la Macédoine m’a posé beaucoup de questions. Qu’aurais-je dû faire ? Je me suis senti si impuissant à ce moment-là. D’ailleurs, l’impuissance est ce qui caractérise le mieux tout mon travail aux côtés de migrants.”

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Un homme fait un arrêt cardiaque au milieu de la foule à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Citizenside/Rade Markovic

Malgré des dizaines d’heures passées sur les quais du port de Palerme à voir passer des milliers de familles venues de Somalie, du Soudan ou d’Erythtrée, Antonio Melita se rappelle lui aussi avec émotion des nombreux visages aux traits tirés croisés lors de ses reportages. Tout comme Gergely Nehéz, durablement marqué par son travail à Budapest. “C’est incroyable ce qu’il s’est passé en Hongrie et dans toute l’Europe, toutes ces images resteront dans ma tête pendant longtemps. Comme celle de cet enfant qui joue debout sur la rambarde de l’escalier du métro sans se soucier de ce qu’il y a autour de lui. Les enfants resteront toujours des enfants, malgré ce qui arrive à leur famille, à leur pays. C’est ce qui rend ce type d’image si unique et forte », s’émeut le jeune Hongrois. Récemment, l’actualité lui a d’ailleurs donné raison : la publication d’un terrible cliché, celui d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien retrouvé noyé sur une plage de Turquie, a ému le monde entier, obligeant même les dirigeants européens à amorcer un changement dans leur politique migratoire.


 

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